Entre 1985 et 2015, la durée de vie moyenne d'un ordinateur a été divisée par 3, passant de 11 à 4 ans. En 2017, en Europe, la durée de vie moyenne d'un smartphone est de moins de deux ans.
Mais comment est-ce possible, compte tenu de tous les progrès techniques réalisés dans ce domaine ?
Une histoire d'ampoule ...
Pour commencer, je vous propose un petit retour dans le passé, plus précisément en 1901. Cette année-là, une ampoule fabriquée par Adolphe Chaillet a été installée dans la caserne de pompiers de Livermore aux Etats-Unis. Dès lors, elle n'a pratiquement jamais été éteinte, dépassant le million d'heures de fonctionnement. Elle est considérée comme l'ampoule la plus durable au monde.
Aujourd'hui, la durée de vie moyenne d'une ampoule à incandescence est beaucoup plus courte : seulement quelques milliers d'heures. La raison d'un tel changement est la création, dans les années 1920, du Cartel de Phoebus. Il s'agit de l'un des premiers lobbies réunissant les plus grands fabricants de lampes de l'époque. Ensemble, ils ont décidé de réduire la durée de vie des ampoules à 1000 heures d'utilisation, tout en les maintenant à des prix élevés. Cette initiative est considérée comme l'une des premières tentatives de mise en œuvre de l'obsolescence programmée à grande échelle.
L'obsolescence programmée : qu'est-ce que c'est ?
Selon le Larousse , le terme « obsolescence programmée » regroupe l'ensemble des techniques visant à réduire, lors de la conception d'un produit, sa durée de vie ou d'utilisation , afin d'amener le consommateur à le remplacer plus fréquemment. Cela permet au fabricant d'augmenter ses profits, en vous faisant consommer plus que nécessaire.
Même si en France il est interdit depuis 2021 par l'Article L441-2 du Code de la Consommation, on le trouve encore partout ! De votre ordinateur ou smartphone à vos chaussettes et bas nylon, en passant par votre machine à laver...
Les différentes stratégies d'obsolescence
Mais alors, quelles sont les différentes techniques d'obsolescence programmée mises en place par les industriels ?
Il y a tout d'abord l'obsolescence psychologique (ou esthétique) , qui vise à réduire la durée de vie et l'usage d'un bien par des facteurs psychologiques. L'image du produit est rapidement dévalorisée par l'utilisateur à travers les renouvellements fréquents de la gamme, les campagnes marketing intensives, les effets de mode, etc. A noter qu'en 2017, 88% des Français ont déjà changé de smartphone alors que l'ancien fonctionne encore, selon l'ADEME.
Ensuite, il y a l'obsolescence technique. Elle ne vise qu'un des composants d'un produit, qui a une durée de vie limitée. Une fois que le composant a cessé de fonctionner, l'ensemble de l'appareil n'est plus utilisable. Cela est dû soit au fait que le composant en question n'est pas réparable, soit au fait qu'il n'y a plus de pièces de rechange (obsolescence indirecte).
Enfin, l'obsolescence logicielle correspond à la diminution de l'utilisabilité d'un appareil numérique (smartphone, tablette, ordinateur,..) en raison de l'indisponibilité ou du dysfonctionnement d'un logiciel (voir le rapport du CGEDD).
Et qu'est-ce que cela signifie en pratique ?
En 2010 est sorti le documentaire 'Ready to Throw', réalisé par Cosima Dannoritzer. Le documentaire retrace l'obsolescence programmée à travers plusieurs exemples concrets. Par exemple, les imprimantes Epson, qui contiennent une puce programmée pour compter le nombre d'impressions réalisées par l'appareil. Après environ 18'000 impressions, les imprimantes concernées ont envoyé un message d'erreur qui incitait l'utilisateur à remplacer l'appareil.
Quelques années plus tard, le 7 février 2018, Apple a été condamné à une amende de 25 millions d'euros pour « pratiques commerciales trompeuses par omission ». L'association française Halte à l'Obsolescence Programmée (HOP) accuse l'entreprise de ralentir délibérément ses anciens modèles de smartphones pour accélérer le rachat de nouveaux téléphones par les consommateurs. Quelques mois plus tôt, le géant américain avait admis ralentir volontairement les performances de ses téléphones après une certaine période d'utilisation afin de « prolonger leur durée de vie ». En effet, l'entreprise a expliqué que les batteries ion-lithium ont des difficultés à répondre aux nombreuses sollicitations des utilisateurs lorsqu'elles vieillissent. Ralentir les performances du téléphone permettrait donc de préserver la batterie. Un argument qui n'a visiblement pas entièrement convaincu le parquet...
Réparabilité
La bonne nouvelle ? Des initiatives existent pour lutter contre ces pratiques !
Depuis janvier 2021, dans le cadre de la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (https://www.ecologie.gouv.fr/loi-anti-gaspillage-economie-circulaire), le gouvernement français a mis en place un indice de réparabilité sur les équipements électriques et électroniques. Il attribue à chaque équipement une note sur 10 basée sur 5 catégories de critères techniques et commerciaux tels que démontabilité, disponibilité ou prix des pièces détachées. Cependant, l'indice n'est pas parfait et peut encore être amélioré. En effet, il est évalué par les vendeurs eux-mêmes et des contrôles aléatoires sont effectués pour s'assurer de la conformité de l'indice. Néanmoins, en cas de fraude, l'amende s'élèverait à 15'000 euros au maximum , ce qui est insignifiant pour les géants du numérique. Pour plus d'informations, nos partenaires de GreenIT.fr ont rédigé un article complet sur l'indice de réparabilité.
Au-delà de la francophonie, des citoyens, des entreprises et des organisations soutiennent le droit à la réparation. Par exemple, la Commission européenne prévoit un certain nombre d'initiatives pour améliorer la réparabilité des produits, notamment une législation sur le droit à la réparation, une autonomisation des consommateurs pour une transition verte, une initiative en faveur des produits durables, des exigences en matière de conception pour l'électronique et des mesures visant à rendre l'environnement économique général plus favorable à la réparation.
De l'autre côté de l'Atlantique, des activistes comme Louis Rossmann soutiennent également le droit de réparer leur équipement. Il poste des vidéos sur sa chaîne YouTube pour montrer aux utilisateurs comment réparer eux-mêmes leurs appareils, dans le but également de sensibiliser au Droit à la réparation.
Les acteurs engagés
Qu'en est-il de nous ? Comment faisons-nous, en tant que consommateurs ?
Si vous n'êtes pas du tout familiarisé avec les enjeux du numérique responsable, vous pouvez participer à un atelier la fresque du numérique. Il s'agit d'un atelier ludique de sensibilisation aux enjeux environnementaux et sociaux liés à nos usages du numérique.
Pour réparer votre matériel, iFixit propose des guides de réparation gratuits, étape par étape, pour une multitude d'équipements numériques répartis par marque et par modèle. Ils ont d'ailleurs rédigé un Manifeste de la réparation.
Pour se procurer un smartphone, la coopérative Commown loue des Fairphones à prix réduits mais aussi des ordinateurs portables Why ! de Why Open Computing. Ils maintiennent ainsi une économie de fonctionnalité, qui vise à offrir un produit comme un service. Commown a donc tout intérêt à proposer des produits aussi durables que possible !
Enfin, si l'achat est la seule option, pensez aux équipements reconditionnés comme ceux proposés par Back Market.